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On ne m'a pas appris quoi faire de mon ambition, seulement à me taire

Pourquoi est-ce que c'est moi qui mets le plus de bâtons dans mes propres roues ? Comment arrêter ?

Il y a quelques années, au travail, je me suis plaint que l’organisation d’une partie de ma mission était insuffisante. Pour ce sujet qui m’occupait seulement une partie du temps, on n’avait pas de référent, pas de planification, pas de vision à long terme. J’ai expliqué que tout ça m’empêchait d’y voir clair et d’être efficace. Je ne m’attendais pas à ce que, au lieu de prendre le sujet en main ou de transmettre mes plaintes à quelqu’un d’autre, mon manager de l’époque me réponde que je pouvais diriger cette équipe et organiser le travail moi-même.

Face à cette opportunité qui me tombait toute crue dans le bec, qui aurait dû me faire plaisir, ma première réaction a été la panique à l’idée que le reste de l’équipe pense que j’avais demandé ce rôle, que j’étais un “requin”, que j’avais de l’ambition, et cela alors même qu’il était sans doute assez clair pour tout le monde que je n’avais rien demandé. J’avais l’impression de prendre quelque chose qui ne m’était pas dû, de voler la place de quelqu’un d’autre, alors que ce sujet était ingrat, que l’équipe manquait de moyens, et que si personne n’avait saisi l’opportunité jusque là, c’est parce que personne n’en voulait.

Et malgré mes peurs, personne ne m’a jamais reproché d’avoir pris ce rôle. Personne n’a critiqué mon ambition ou sous-entendu que je ne le méritais pas.

Pourtant, j’ai toujours peur aujourd’hui, qu’on me prête de l’ambition là où je n’en ai pas, et plus encore, que l’on découvre mes ambitions réelles, celles qui me tiennent vraiment à cœur, et qu’on les juge, qu’on les moque ou qu’on les ridiculise. J’ai peur d’échouer en public, j’ai peur d’essayer vraiment et d’échouer quand même.

Alors je m’auto-sabote, je me renferme, je ne partage rien et je n’essaie pas vraiment. J’écris des brouillons qui ne voient jamais la lumière du jour. Je laisse passer les opportunités de peur que trop de gens mettent leurs yeux sur des textes où je suis trop vulnérable, trop honnête, alors que c’est ça même que je recherche. Je me cache parce que je ne veux pas que des inconnus, ou pire, des gens que je connais, voient qui je suis vraiment à l’intérieur.

J’ai envie qu’on me lise, mais pas qu’on me voie. J’ai peur de dire, “Regardez ça, j’y ai mis mon cœur”. Le détachement, qu’il soit feint ou non, me permet d’esquiver les regards. “Le texte parlera de lui-même”, mais seulement s’il est lu par quelqu’un, non ?

On ne m’a appris qu’à me faire petit. Une fille avec de l’ambition, c’est ridicule (entendre “dangereux”), il faut la faire redescendre avant qu’elle ne monte trop haut. Si elle pouvait simplement ne pas oser monter du tout, ça économiserait de l’énergie à tout le monde.

Je sais pourquoi j’ai peur d’avoir de l’ambition, peur de montrer ce que je crée. J’ai décidé de quitter mon travail pour me donner les moyens de faire quelque chose, je me suis promis de ne pas continuer à m’auto-écraser. Mais pourtant, je dis que je prends une année sabbatique “pour voir” et pas que c’est mon rêve depuis toujours, que “j’essaie d’écrire un roman” et pas que je suis écrivain. J’ai beau essayer de faire taire ces petites voix dans ma tête, elles reviennent tourner en boucle quand je n’arrive pas à dormir : Et si j’ai trop d’ambition et pas assez de talent ? Et si je vante ce que j’ai fait alors que ça ne vaut pas le coup, que non seulement je ne suis pas assez doué pour créer quelque chose de bien, mais je n’ai même pas assez de talent pour me rendre compte que c’est nul ?

Me laisser courir ce risque est un muscle que je dois entraîner. Le fait que je m’auto-sabote ne fait avancer personne.

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