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Dark Matter (2024): Les univers parallèles pour illustrer les violences conjugales

Dans Dark Matter, le personnage de Daniela Dessen est en danger face à différentes versions de son mari, une démonstration frappante du risque constant que représentent les relations hétérosexuelles pour les femmes.

La série Dark Matter, dont la première saison avait été diffusée en 2024 par AppleTV, vient d’entamer sa deuxième saison. Elle met en scène le personnage de Jason Dessen, professeur de physique dans une université moins prestigieuse que ce qu’il voudrait, qui est enlevé par son double venu d’un univers parallèle pour prendre sa place auprès de sa femme et de son fils. En nous montrant des versions différentes des mêmes personnes, cette série nous propose, intentionnellement ou non, une représentation très concrète de la manière dont le spectre des violences masculines et conjugales hante le quotidien des femmes, tout au long de leur vie.

Êtes-vous satisfait.e de votre vie ?

Dès son premier épisode, la série nous présente ses enjeux et son thème central : Quels sont les choix qui ont déterminé la version de notre vie dans laquelle nous vivons ? Sommes-nous satisfaits de la vie que nous avons construite ? L’aspect de la série qui m’a le plus marqué est l’horreur existentielle pour les personnages qui se retrouvent obligés d’errer entre les mondes, sans réussir à retrouver le leur, ou même de se retrouver prisonniers d’un monde qui n’est pas le leur, sans espoir de retour. Mais, de par la nature même du conflit qui est au cœur de cette première saison, celle-ci nous amène également, par le biais du personnage de Daniela, à faire l’expérience du risque constant que représentent les violences conjugales pour les femmes.

On ne connaît jamais son mari

Du jour au lendemain, le mari de Daniela, Jason, est remplacé par son double d’un autre monde, qui a fait d’autres choix et ne s’est jamais marié avec elle. Après l’avoir stalkée ainsi que sa famille pendant plus d’un an, afin de connaître assez de leur vie pour s’y infiltrer, il kidnappe son mari. Ce stalking, et ces violences contre un partenaire actuel font écho aux violences d’auteurs bien réels. Ce double de Jason ne la considère pas comme une personne dotée de son libre arbitre et de ses propres choix, mais simplement comme l’objet de ses désirs. Il semble penser que’elle ne se rendra compte de rien. Mais Daniela remarque dès le début les petites différences dans le comportement de son mari. Tout au long des épisodes, on la voit avoir de plus en plus peur de son mari, qui seulement quelques jours ou semaines plus tôt semblait être le père de famille idéal. Cet série illustre parfaitement le fait que tous les hommes sont des agresseurs potentiels, même ceux qui semblent en apparence parfaitement inoffensifs. Car cet agresseur, qui la manipule pour s’accaparer sa vie conjugale, est la même personne, simplement son mari s’il avait fait d’autres choix. Son véritable mari, lui, prête attention à sa famille et les traite avec respect, tandis que son double pense qu’il peut rattraper ses erreurs à coups de cadeaux coûteux et de grands gestes romantiques, sans jamais écouter ce que lui demande réellement Daniela. Il pratique le love-bombing, un technique bien connue des hommes violents pour acquérir et conserver une emprise sur leurs victimes.

Une infinité d’ex-partenaires violents

Attention, cette section spoile la fin de la saison 1 de Dark Matter.

À la fin de la saison, on découvre que le Jason original que l’on a suivi tout au long de la saison n’est pas le seul à avoir réussi à regagner son monde d’origine. Une infinité de ses doubles, apparus au cours de ses voyages entre les mondes à la recherche du sien, tentent eux aussi de retrouver leur place aux côtés de sa femme et de son fils. Mais cette fois, ce sont les doubles de sa “bonne” version qui représentent un danger. Tous pensent avoir un droit sur leur femme et leur fils et ne veulent pas respecter le choix de Daniela. Ils lui font porter le poids émotionnel du fait qu’elle ne peut pas donner à toutes ces versions de son mari ce qu’ils veulent. Ceux-ci se montrent insistants, violents, au poins qu’elle se voit contrainte de quitter son monde d’origine tant elle est en danger face à cette infinité d’ex-partenaires qui ne veulent pas accepter son choix. Elle n’est plus libre, ne peut plus se sentir en sécurité, car elle ne sait jamais si la version de son mari qu’elle a en face d’elle est celle en qui elle peut avoir confiance, ou une version désespérée et dangereuse. Cela illustre de manière concrète les différentes facettes que montrent les auteurs de violences domestiques à leurs victimes pour garder leur emprise sur elles, et la vigilance constante dont doivent faire preuve les femmes avec leurs partenaires, qui peuvent du jour au lendemain se montrer violents à tout moment de la relation, sans qu’il n’y ait forcément de signes avant-coureurs.

Pour aller plus loin

C’est l’un des aspects les plus intéressants de la fiction, et particulièrement de la science-fiction, que de nous montrer concrètement, sous un autre angle, un aspect de la vie pour nous y faire réfléchir. Pour plus de ressources concrètes sur les violences conjugales, et comment s’échapper d’une relation abusive, cet article (en anglais) : Resources for women in crisis: Escaping domestic violence, financial assistance, and more, de Zawn Villines

L’article qui m’a fait découvrir Dark Matter, et qui m’a donné envie de regarder cette série : Dans le multivers, Onirography

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